La Paz : Plongée vertigineuse dans la capitale la plus haute du monde
Récit d'AventureBolivie

La Paz : Plongée vertigineuse dans la capitale la plus haute du monde

•⏱️ 13 min de lecture

Retour sur nos 4 jours d'immersion à La Paz ! Entre trajets en téléphérique, Marché des Sorcières, street art et l'incroyable prison autogérée de San Pedro, la capitale bolivienne nous a fascinés malgré un froid glacial. Découvrez notre itinéraire, nos pépites gastronomiques à petit prix, le message fort des Cholitas catcheuses et notre petite déception sur les polaires sur-mesure. Une étape vertigineuse, chaotique mais inoubliable !

Après notre immersion dans la pampa et la jungle, et notre passage par la cordillère à Tuni, il était temps de nous attaquer à un gros morceau de notre voyage : La Paz. Nous y avons passé un peu moins de 4 jours au total (une première nuit post-Tuni, puis trois nuits à notre retour de la jungle).

Nous avons dû composer avec une météo capricieuse – nous avons eu deux vraies journées de mauvais temps, sous la pluie et par un froid glacial de 7 degrés, sans l'ombre d'un rayon de soleil. Pourtant, malgré le climat, cette ville chaotique, fascinante et perchée dans les nuages nous a complètement happés. Préparez-vous, La Paz ne ressemble à rien de ce que vous connaissez !

Où poser ses valises à La Paz ? (Nos deux adresses)

Pour notre première nuit, nous avons logé à l'hôtel Diamante. Une option très correcte à 200 Bolivianos pour deux (environ 26 €), avec le petit-déjeuner compris.

Pour le reste du séjour (3 nuits), nous avons loué une chambre dans la maison de Gina via Airbnb. C’était un super point de chute et le prix est imbattable : 10,50 € par nuit (soit environ 78 Bolivianos). À ce tarif, avoir accès à un salon, une cuisine et une salle de bain avec une chambre au calme est une vraie aubaine.

La casa de Gina est au dernier étage
Vue sur la Place Sucre depuis la chambre

Surtout, l'appartement est idéalement situé, juste en face de la Place Sucre... et à deux pas de la tristement célèbre prison de San Pedro.

Zoom sur l'incroyable prison de San Pedro : Cette prison, dont nous voyions l'entrée depuis la place de notre logement, est unique au monde. Il n'y a aucun gardien à l'intérieur ! C'est une véritable micro-ville autogérée par les détenus.

Prison de San Pedro

Combien de prisonniers et qui sont ces femmes à l'entrée ? Conçue pour 400 détenus, la prison abrite aujourd'hui entre 3 000 et 3 500 hommes. Les très nombreuses femmes que nous voyions faire la queue à l'extérieur chaque jour ne sont pas des prisonnières, ce sont leurs épouses ! La loi bolivienne tolérant que les familles vivent avec les détenus, beaucoup font ce choix par nécessité économique. Des centaines d'enfants grandissent donc derrière ces murs et sortent tous les matins pour aller à l'école dans les rues de La Paz !

Comment paient-ils leur loyer ? L'État ne fournissant presque rien, la prison fonctionne sur un modèle ultra-capitaliste. Pour louer ou acheter leur cellule, les détenus doivent travailler : certains ouvrent des petits restaurants dans les cours, d'autres fabriquent de l'artisanat que leurs femmes revendent dehors. Les épouses font aussi entrer des marchandises pour les revendre à l'intérieur. Les prix vont de quelques bolivianos pour dormir à même le sol dans un couloir, à plusieurs milliers de dollars pour une cellule avec télé et salle de bain dans le quartier "VIP".

Quels crimes ont-ils commis ? On y trouve de tout : petits voleurs, trafiquants de drogue, meurtriers, ou anciens politiciens corrompus. Les prisonniers ne sont pas séparés selon la gravité de leur crime, mais selon leur richesse ! Le plus révoltant ? Près de 80 % des détenus n'ont pas encore été jugés et sont en "détention préventive", parfois pendant des années.

Se déplacer : La ville de tous les vertiges et le paradis des télécabines

La Paz est une agglomération tentaculaire (avec El Alto, on dépasse les 2 millions d'habitants) qui défie les lois de la gravité. Ce qui est fascinant ici, c'est l'inversion sociale liée à l'altitude. Contrairement à la plupart des villes, ici, les riches vivent en bas et les plus pauvres vivent en haut. La raison est simple : en bas (vers 3 200 mètres), il fait plus chaud, il y a moins de vent et surtout... plus d'oxygène ! Plus on monte vers les quartiers populaires d'El Alto (à plus de 4 000 mètres), plus la vie est rude.

Pour nous déplacer, nous avons beaucoup marché, mais nous avons surtout utilisé les téléphériques (Mi Teleférico). C'est le plus grand réseau de transport urbain par câble au monde et c’est incroyablement bien pensé. Les cabines survolent la ville dans un silence total, évitant les embouteillages monstres.

  • Le prix : 3 bolivianos par trajet et par personne (soit environ 0,40 €).

C'est d'ailleurs depuis le ciel que nous avons pu observer l'immense Cimetière Général. C'est une vraie ville dans la ville. Les tombes n'y sont pas creusées, mais empilées dans de grands murs comme des appartements. Les familles "louent" les caveaux. Si le loyer n'est plus payé, les corps sont exhumés ! C'est un lieu vibrant, rempli de superbes fresques murales.

Le grand tour du patrimoine : Places et Églises historiques

La Paz regorge d'histoires fascinantes à chaque coin de rue et de monuments incontournables :

  • La Plaza Murillo : C'est le cœur du pouvoir politique, envahi par les pigeons. On y trouve le Palais Présidentiel (surnommé le Palais Brûlé car il fut incendié à maintes reprises lors de révoltes) et l'imposante Cathédrale Métropolitaine. Mais regardez bien le bâtiment du Congrès : son horloge tourne à l'envers ! Les chiffres sont inversés pour symboliser l'identité de l'hémisphère Sud et la rupture avec l'impérialisme du Nord.

  • La Plaza San Francisco : Véritable carrefour de la ville, elle abrite une magnifique Basilique à l'architecture "baroque métis". Les Espagnols en ont confié la sculpture aux artisans indigènes. En observant bien la façade, au milieu des saints, vous découvrirez d'étonnantes sculptures de papayes, du dieu soleil et même de singes !

  • L'Église de la Recoleta : Lors de nos balades dans le centre, nous sommes également tombés sur la Paroisse de la Recoleta. Avec sa façade en pierre, ses deux hautes flèches élancées et ses grandes portes en bois sculpté surmontées d'arcs brisés, elle se démarque vraiment ! Son style néogothique tranche radicalement avec l'architecture "baroque métis" ou coloniale que l'on a l'habitude de voir à La Paz.

Église de la Recoleta
  • La Calle Jaén : La rue coloniale la plus préservée de la ville, avec ses façades colorées et ses balcons en fer forgé. C'est aussi la rue la plus hantée de La Paz ! Pour faire fuir les esprits maléfiques, une grande croix verte a été plantée à l'entrée de la ruelle.

  • Le Mirador Killi Killi : S'il y a un point de vue à faire, c'est celui-ci ! Il offre une vue panoramique époustouflante à 360 degrés sur toute la cuvette de La Paz et sur le mont Illimani. De notre côté, nous voulions nous y rendre, mais le ciel était malheureusement trop couvert ce jour-là pour en profiter. Comment s'y rendre ? Vous pouvez y aller à pied depuis le centre (comptez environ 30 minutes de marche), mais attention : ça grimpe très, très fort et avec l'altitude, c'est un vrai défi physique ! L'option la plus simple reste de prendre un taxi pour s'y faire déposer sans s'essouffler.

Immersion dans la culture : Ruelles escarpées, croyances et Cholitas

Souffle court et marchés de La Paz

Bien que nous soyons arrivés à La Paz très bien acclimatés, arpenter la ville reste un vrai défi physique. La Paz est une cuvette, et beaucoup de ses ruelles montent à pic ! C'est notamment le cas des rues très commerçantes (autour de la Calle Sagárnaga par exemple), qui regorgent de petites boutiques d'artisanat. C'est un régal pour les yeux, mais on se retrouve vite essoufflé au moindre dénivelé.

Notre première journée tombant un dimanche, c'était le moment parfait pour découvrir le grand marché d'El Alto. Depuis le téléphérique, nous pouvions voir son étendue infinie ! C'est le plus grand marché à ciel ouvert d'Amérique du Sud, où l'on trouve de tout.

Nous avons aussi arpenté le célèbre Marché des Sorcières (Mercado de las Brujas). Son nom vient des femmes qui y vendent remèdes naturels, potions, et surtout... des squelettes de lamas séchés.

  • Pourquoi des fœtus de lamas ? Lorsqu'un Bolivien fait construire une maison, il enterre un fœtus de lama dans les fondations en guise d'offrande à la Pachamama (la Terre Mère) pour s'assurer protection et prospérité.

  • Le détail qui ne passe pas inaperçu : Vous remarquerez que beaucoup de femmes andines ont les dents recouvertes d'or. C'est historique : c'est un symbole de richesse, de prestige social et un véritable critère de beauté !

La fameuse rue aux parapluies colorés

En flânant dans les quartiers animés du centre, impossible de louper la célèbre rue aux parapluies (proche de la Calle Linares). Suspendus au-dessus des têtes sur toute la longueur de la ruelle piétonne, des centaines de parapluies aux couleurs pastel et éclatantes, décorés de pompons traditionnels, créent un magnifique contraste visuel avec les façades colorées des maisons. C'est un véritable écrin à ciel ouvert, bordé de boutiques de textiles en alpaga et de petits cafés, qui insuffle une bulle de poésie et de gaieté au cœur de la ville !

Le spectacle des Cholitas : Au-delà du ring, un message social

Nous avons assisté à un combat de catch de Cholitas en nous rendant directement sur place (100 Bs par personne, soit 13 €, incluant un pop-corn, un Coca et l'accès aux toilettes). Il existe deux lieux principaux pour voir cela : le Multifuncional de El Alto et le Cholet de los Titanes.

Comme nous l'a très justement expliqué Inti, un guide franco-bolivien avec qui nous avions échangé, ce spectacle où le folklore andin rencontre l’énergie de la lucha libre va bien au-delà du simple divertissement. Pendant longtemps, ces femmes indigènes ont été marginalisées et ont souffert des stéréotypes machistes les cantonnant "à la cuisine, au ménage et avec les enfants". En montant sur le ring pour enchaîner les prises spectaculaires dans leur tenue traditionnelle (pollera colorée, châle tissé et chapeau melon), elles revendiquent leur dignité, leur force et leur rôle dans la société. Elles brisent les stéréotypes de genre et affirment haut et fort : "nous sommes visibles, fortes, et fières de qui nous sommes". Derrière chaque prise se cache un combat pour l’égalité et le respect.

  • Notre avis : C'est une expérience insolite à faire une fois pour ce beau message et le folklore. Cependant, dès que les hommes ont commencé à participer aux combats, l'esprit d'origine s'est perdu et nous avons trouvé le spectacle nettement moins intéressant.

Le Street Art : Quand les murs prennent la parole

Un autre détail qui nous a beaucoup marqués à La Paz, c'est l'omniprésence du street art. Au détour des ruelles escarpées, sur les façades des maisons ou depuis les cabines du téléphérique, nous avons vu énormément de fresques murales magnifiquement réalisées.

Ici, l'art urbain n'est pas juste décoratif, il est profondément politique et identitaire. Alors, pourquoi y en a-t-il autant et qui le réalise ? Ces œuvres sont souvent peintes par des artistes locaux talentueux, des collectifs engagés, ou même initiées par des projets communautaires (comme dans le quartier de Chualluma, où les habitants et les artistes ont repeint ensemble les façades pour revitaliser et sécuriser le quartier). Les murs servent de toile géante pour revendiquer la culture indigène Aymara, redonner de la fierté aux quartiers populaires et faire passer des messages sociaux ou féministes. C'est pourquoi on y voit souvent d'immenses portraits hyperréalistes de Cholitas, de travailleurs miniers, d'animaux sacrés comme le condor ou le lama, et des références à la Pachamama. Un véritable musée à ciel ouvert !

L'itinéraire DIY conseillé par Inti

Nous souhaitions initialement faire une visite guidée avec Inti, un guide franco-bolivien très recommandé (Contact WhatsApp : +591 69747761). N'étant pas disponible avant plusieurs jours, il nous a gentiment partagé son "plan d'attaque" idéal pour explorer la ville en solo, divisé en deux temps :

1. Le grand circuit en téléphériques 🚠 : Il conseille de connecter plusieurs lignes pour faire une grande boucle aérienne au-dessus de la ville. 

2. Les points d'intérêts à pied : Outre la Plaza Murillo, la Calle Jaén, le Mercado Lanza et le Marché des Sorcières, il recommande de ne pas manquer :

  • Le Mercado Rodríguez.

  • Le quartier coloré de Chuwa Uma (l'un des épicentres du street art justement).

  • Le Museo de la coca et le MUSEF (Musée national d'ethnographie et de folklore).

  • Le Mirador Killi Killi.

La Paz, capitale inattendue de la gastronomie (à petit prix !)

Si vous aimez la gastronomie, La Paz est l'endroit idéal pour tester des concepts allant de la cantine populaire au semi-gastronomique :

  • Le restaurant Manq'a (au marché Wayna) : Un délicieux repas partagé avec nos amis Solène et Julien dans ce restaurant qui est aussi un superbe projet social valorisant les produits locaux (190 Bs pour deux, environ 25 €).

  • Popular Cocina Boliviana : Un second restaurant semi-gastronomique incroyable pour seulement 230 Bs à deux (environ 30 €).

  • Le Marché couvert (Mercado Lanza) : Pour une ambiance locale, nous y avons mangé deux fois le menu du jour, au stand Sarita n°17. Au menu : escalope milanaise à la napolitaine avec purée pour Audrey, et bifteck avec purée pour Gilles, précédés d'une succulente soupe aux pâtes traditionnelle (Sopa de fideo). Le tout pour 46 Bs pour deux personnes (6,10 €). Le meilleur rapport qualité/prix !

  • Notre "gros craquage" réconfortant : Après ces journées dans le froid bolivien, nous avons eu une envie irrépressible de réconfort hivernal. Nous avons déniché le restaurant La Waraka, qui propose... de la tartiflette, de la raclette et de la fondue ! Une parenthèse fromagère improbable mais tellement satisfaisante au milieu des Andes.

  • Côté Street Food : Nous avons goûté le Pastel de queso, une spécialité frite qui ressemble à une grande empanada vide avec du fromage fondu à l'intérieur. Nous l'avons accompagné d'un Api, une boisson chaude, épaisse et sucrée à base de maïs violet (maíz morado), parfumée à la cannelle et aux clous de girofle. Parfait pour se réchauffer !

🍽️ Les recommandations du guide : Si vous manquez d'inspiration, voici la liste des autres excellentes tables de La Paz recommandées par Inti (faciles à trouver sur Google Maps) : Gustu, Arami, Mi chola, Ali Pacha, La Waraka, Restaurante Oliva, Pizzeria Bella Ciao, La Rufina et La Murillo (spécialiste du quinoa).

L'enfer des polaires sur-mesure (Notre déception)

Avant de partir pour la jungle, nous avions commandé des polaires personnalisées. Un beau souvenir sur le papier, mais l'expérience client nous a laissé un goût trop amer pour vous partager nos adresses.

  • Pour Audrey : Accueil glacial, aucun échantillon à toucher, il fallait montrer du doigt des polaires à deux mètres du sol. Nous avions l'impression de clairement les déranger. Nous avons laissé un acompte de 100 Bs. Au retour, le travail était très bien fait, mais l'expérience client fut décevante.

  • Pour Gilles : Tout l'inverse au départ. Un commerçant très avenant, des échantillons, prise des mesures et acompte de 50 Bs. Sauf qu'à notre retour, le vendeur assure que Gilles n'a rien commandé ! Il finit par sortir un bout de papier chiffonné de sa poche : il a oublié la commande. Il donne rendez-vous à Gilles le soir même à 20h sur la place Sucre pour lui remettre la commande finie. Évidemment, personne n'est venu. Gilles a finalement récupéré sa polaire le lendemain matin à 9h. Il a payé les 130 Bs restants, pour un total de 180 Bs (13,42 €) l'unité, sans la moindre excuse du vendeur.

Autres choses à faire à La Paz et ses alentours

  • Le Mirador Killi Killi : S'il y a un point de vue à faire, c'est celui-ci ! Il offre un panorama à 360 degrés sur la cuvette de La Paz et le mont Illimani. (Attention : ça grimpe très fort à pied, l'option taxi est souvent salvatrice). De notre côté, le ciel était malheureusement trop couvert pour en profiter.

Photo google du Mirador Killi Killi
  • La Vallée de la Lune (Valle de la Luna) : Au sud de La Paz. On se promène au milieu d'un labyrinthe de cheminées de fées en argile. Prix : environ 15 Bs (2 €).

Photo google Vallée de la Lune
  • La Route de la Mort (Ruta de la Muerte) : Une descente en VTT vertigineuse depuis un col enneigé jusqu'à la jungle. Coût : entre 400 et 600 Bs (50-75 €).

  • Les ruines de Tiwanaku : Le plus grand site archéologique du pays. Entrée : environ 100 Bs (13 €).

  • Le Huayna Potosí : Un sommet à 6 088 mètres accessible aux débutants. Comptez 800 à 1000 Bs (100-130 €) pour 2 ou 3 jours.

La Paz est une ville qui se mérite. L'altitude y est rude, le climat peut être glacial, l'organisation parfois chaotique, mais l'énergie, l'histoire et l'authenticité qui s'en dégagent en font une étape inoubliable de tout voyage en Bolivie !

Avez-vous déjà goûté une spécialité insolite en voyage (comme la tartiflette en Bolivie !) ? N'hésitez pas à nous poser vos questions en commentaire !

Après ces quelques jours intenses riches en découvertes, il est temps pour nous de remettre nos sacs sur le dos et de nous rendre au terminal. Nous prenons un bus, direction notre prochaine aventure : Samaipata !

Terminal La Paz

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Commentaires (1)

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MN

Marie NOEL

Très belle description et belles photos de La Paz, on aimerait s'y promener avec vous !!!