Tuni et la Cordillère Royale : Immersion et randonnées au cœur des Andes boliviennes
Récit d'AventureBolivie

Tuni et la Cordillère Royale : Immersion et randonnées au cœur des Andes boliviennes

•⏱️ 8 min de lecture

Après une exploration mémorable du lac Titicaca, entre Copacabana et l'Isla del Sol, notre itinéraire nous a conduits vers les sommets majestueux de la Cordillère Royale. Notre destination : Tuni, un hameau isolé à plus de 4 300 mètres d'altitude, reconnu comme l'un des meilleurs camps de base pour explorer le massif du Condoriri. Entre une logistique de transport singulière, des conditions météorologiques de haute montagne et une immersion rare dans le quotidien d'une famille aymara, voici notre guide complet pour organiser votre séjour et vos randonnées à Tuni.

Comment avions-nous eu l'idée de nous rendre dans ce hameau du bout du monde ? C'est grâce à une famille de Québécois, rencontrée quelques jours plus tôt sur l'île d'Amantaní au Pérou, qui nous avait chaudement recommandé l'adresse d'un hôte local. Solène et Julien, étaient séduits eux aussi par le programme, nous avons donc décidé d'y aller tous les quatre.

De Copacabana à Tuni : Un itinéraire hors des sentiers battus

Le trajet vers la Cordillère Royale débute à Copacabana. Nous avons voyagé avec la compagnie de bus Manco Kapac en direction de La Paz, pour un tarif de 40 BOB par personne (environ 5,30 €).

Bus compagnie Manco Kapac

La singulière traversée du détroit de Tiquina

Cette route implique de franchir le détroit de Tiquina, qui sépare les deux bassins du majestueux lac Titicaca. La procédure y est stricte : les passagers doivent descendre pour traverser à bord de petites navettes fluviales, tandis que le bus est chargé sur une barge en bois rudimentaire. Ignorant cette consigne, nous sommes restés à bord du bus pendant la manœuvre. Une erreur de débutants qui, fort heureusement, s'est soldée plus par des rires que par une baignade forcée !

L'absence de pont : une question politique La construction d'un pont sur ce détroit semblerait logique, mais elle se heurte à une réalité socio-économique complexe. Le syndicat des lancheros  (les propriétaires des embarcations) exerce une forte influence locale. La traversée étant leur unique source de revenus, chaque projet d'infrastructure gouvernemental a systématiquement provoqué des grèves et des blocages massifs de la part des bateliers, préservant ainsi leur monopole.

L'embranchement vers la montagne

Après environ 2h30 à 3h de trajet depuis Copacabana (incluant la traversée du lac), nous avons demandé au chauffeur de nous déposer au niveau de la bifurcation de Palcoco, sur le bord de la route menant à La Paz.

C'est à cet embranchement qu'un taxi, réservé au préalable, nous attendait tous les quatre. Nous avons partagé les frais de ce transport privatif : 100 BOB pour nous deux (environ 13,30 €) et 100 BOB pour Solène et Julien. Il faut ensuite compter 1h à 1h30 de piste de terre bien cabossée pour s'enfoncer dans la vallée et atteindre le village de Tuni.

Le hameau de Tuni et l'accueil à la Casa d'Andrès

L'arrivée à Tuni offre un contraste saisissant. Ce minuscule hameau aymara ne compte qu'une dizaine de familles, soit une cinquantaine d'habitants. L'isolement y est total et l'absence d'école illustre bien la rudesse de la vie à cette altitude. Accueillis par une météo capricieuse (pluie, grêle et vent glacial), nous avons trouvé un refuge providentiel chez notre hôte, Andrès.

La surprise fut de taille : Andrès maîtrise un français impeccable ! Ancien guide de haute montagne, il a longtemps accompagné des trekkeurs francophones, apprenant la langue au fil des bivouacs. Sa propriété est parfaitement pensée pour les voyageurs : elle comprend la maison familiale conviviale ainsi qu'un bâtiment annexe offrant de multiples couchages. Fait extrêmement rare à 4 400 mètres d'altitude, les douches sont équipées d'eau chaude. Côté déconnexion, elle est (presque) totale : le Wi-Fi permet exclusivement l'échange de messages textes via WhatsApp.

Scènes de vie andine

Notre séjour de deux nuits a été rythmé par le quotidien de la ferme. L'après-midi de notre arrivée, nous avons partagé d'agréables moments avec les deux jeunes enfants de la famille d'Andrès. En fin de journée, nous avons accompagné nos hôtes pour rassembler paisiblement les troupeaux de lamas et d'alpagas et les ramener vers leurs enclos. L'extérieur de la maison regorge également de vie, avec une multitude de petits cochons d'Inde qui s'affairent un peu partout dans la cour.

Le dernier matin offrait d'ailleurs un témoignage particulièrement authentique de l'économie de subsistance locale : Andrès est revenu de la pâture avec un mouton, immédiatement préparé dans la cour pour assurer les repas de la famille et des visiteurs. La tête de l'animal reposait sobrement sur une pierre. Une immersion brute et sans filtre dans la réalité rurale bolivienne.

L'ascension du Cerro Chiyar Qullu : un réveil féérique sous la neige

Au matin de notre première journée complète, la magie a opéré : en ouvrant la porte, nous avons découvert un épais manteau de neige fraîche recouvrant entièrement le paysage. Quel bonheur d'entamer cette randonnée tous les quatre dans un décor aussi immaculé et silencieux ! Équipés d'un pique-nique préparé par nos hôtes, nous nous sommes lancés à l'assaut des crêtes. Détail mémorable : Andrès nous a confié un talkie-walkie afin que nous puissions lui signaler notre arrivée au sommet.

Fiche Technique (Randonnée réalisable sans guide)

  • Nom : Cerro Chiyar Qullu

  • Point de départ : Casa d'Andrès (Tuni)

  • Distance : 11,6 km (aller-retour)

  • Dénivelé positif : Environ 400 à 500 m (départ à ~4 400 m, sommet vers 4 900 m)

  • Durée : 3 h à 4 h

  • Niveau : Modéré à soutenu (l'altitude constitue la difficulté majeure)

L'itinéraire

Le sentier débute par une marche d'approche le long des rives du lac de Tuni. Cette première portion, au dénivelé quasi nul, est idéale pour échauffer l'organisme et s'acclimater à l'effort.

L'itinéraire se poursuit par l'ascension des crêtes. Vers 4 800 mètres, la raréfaction de l'oxygène impose un rythme lent et régulier. L'effort est toutefois largement récompensé : la fonte des neiges sous le soleil dévoile progressivement l'imposante muraille glaciaire du massif du Condoriri.

Une fois le point culminant atteint (vers 4 900 m), nous avons pu utiliser le talkie-walkie confié par Andrès pour lui partager notre joie en direct, avant de profiter d'un déjeuner face à ce panorama exceptionnel. Profiter de ce panorama grandiose tous les quatre, coupés du reste du monde, restera sans aucun doute l'un des temps forts de notre voyage.

Explorer le massif du Condoriri : Les autres itinéraires en autonomie

Pour les voyageurs disposant de plus de temps et d'une bonne condition physique, la Casa d'Andrès permet d'accéder directement à d'autres sentiers majeurs. Ces deux itinéraires peuvent être réalisés sans guide, sous réserve d'une excellente acclimatation et d'un bon outil de cartographie hors-ligne.

1. La Laguna Chiar Khota (Le Camp de Base du Condoriri)

Une randonnée incontournable menant au pied des glaciers.

  • Distance : ~14 km A/R depuis Tuni

  • Dénivelé positif : + 250 m

  • Durée : 4 h à 5 h

  • Difficulté : Facile à modérée. Le dénivelé est progressif.

  • Coût : Droit de passage communautaire (Parc) de 20 BOB par personne (2,60 €).

2. Le Pico Austria (5 320 m)

L'opportunité de franchir la barre des 5 000 mètres sans équipement technique d'alpinisme.

  • Distance : ~18 à 20 km A/R depuis Tuni

  • Dénivelé positif : + 920 m

  • Durée : 7 h à 8 h

  • Difficulté : Difficile. La section finale est très abrupte et pierreuse.

  • Condition : Accessible en autonomie uniquement si le sentier est déneigé et l'acclimatation optimale.

  • Coût : Droit d'entrée de 20 BOB (2,60 €).

L'ascension du Huayna Potosí (6 088 m) : Les exigences de la haute montagne

À la différence du Pico Austria, le Huayna Potosí exige un équipement d'alpinisme (crampons, baudrier, piolet) et l'accompagnement obligatoire d'un guide.

Romain, un ami de nos compagnons de route, s'était rendu dans la région avec pour objectif de conquérir ce sommet. Son expérience illustre parfaitement les contraintes de la haute montagne.

La contrainte de l'horaire Les départs depuis le camp haut ont systématiquement lieu autour de minuit. L'objectif est d'atteindre le sommet à l'aube pour entamer la descente avant que le soleil ne frappe le glacier. Sous l'effet de la chaleur, les ponts de neige recouvrant les crevasses se fragilisent et le risque d'avalanche augmente de manière critique.

La nuit de l'ascension de Romain, une violente tempête de neige a frappé le massif. Face à l'impossibilité de retarder le départ, l'expédition a dû être annulée.

Choisir son agence de haute montagne en Bolivie

Si vous prévoyez une telle expédition, la sélection de l'agence à La Paz ne doit rien laisser au hasard :

  1. Certification : Exigez un guide certifié UIAGM (Union Internationale des Associations de Guides de Montagne) ou équivalent local.

  2. Ratio de sécurité : N'acceptez aucune expédition dépassant le ratio de 1 guide pour 2 clients.

  3. Vérification du matériel : Inspectez les équipements de prêt avant le départ.

  4. Budget : Une expédition de 2 à 3 jours coûte en moyenne entre 1 000 et 1 500 BOB par personne (130 € à 200 €).

📝 Infos Pratiques : Bien préparer son séjour

Ce qu'il faut mettre dans son sac

Ne sous-estimez jamais les conditions en haute montagne, même si vous prévoyez de rester au chaud !

  • Des vêtements (très) chauds : Dès 16h, le soleil passe derrière les sommets et les températures chutent drastiquement. Même à l'intérieur de la maison d'Andrès, le froid devient très vif. Prévoyez un bon système multicouches (sous-vêtements thermiques, polaire, doudoune épaisse et coupe-vent imperméable).

  • Protéger les extrémités : Un bon bonnet et des gants sont absolument indispensables pour les fins de journées et les départs matinaux.

  • Contre le soleil andin : À cette altitude, la réverbération (notamment sur la neige) est redoutable. N'oubliez pas votre crème solaire (indice 50+ obligatoire), de bonnes lunettes de soleil et une casquette pour la journée.

  • Le matériel de randonnée : Des bâtons de marche vous seront extrêmement utiles pour soulager vos genoux dans les descentes raides et vous stabiliser dans les passages enneigés.

Logistique & Réservation

  • Comment réserver ? Le plus simple est de contacter Andrès directement par message sur WhatsApp au +591 71274013. Vous pouvez lui écrire en français, il comprend et parle très bien notre langue !

  • Le tarif : Comptez 250 BOB par jour et par personne (~33,30 €). Ce tarif inclut le logement, le petit-déjeuner, le pique-nique du midi pour vos randonnées et un dîner copieux et chaud le soir.

  • Le trajet du retour : Pour quitter Tuni, le fils d'Andrès propose un transfert en véhicule privé jusqu'à la station de téléphérique d'El Alto (La Paz). Le trajet nous a coûté 300 BOB (environ 40 €) pour l'ensemble du véhicule.

Si l'isolement, le froid et l'altitude peuvent impressionner au premier abord, la chaleur de l'accueil d'Andrès et la beauté brute du massif du Condoriri valent absolument tous les détours. Nous avons profondément aimé nous perdre dans cette immensité andine.

Et vous, seriez-vous prêts à braver l'altitude pour découvrir les sommets enneigés de la Cordillère Royale ? Avez-vous déjà vécu ce genre de réveil magique en pleine montagne ?

Partagez vos impressions et vos expériences en commentaire !

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Commentaires (2)

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MN

Marie Noel

Waouh, randonnée magnifique !!!

4P

4 pieds sur terre

AUTEUR

Oui, elle fait partie de nos préférées 😊